Sortir de sa tête

A toi, qui me connait et à qui je n’ai pas su expliquer.

A toi, qui vit la même chose et qui ne sait pas comment gérer.

A toi, qui pense tout savoir et qui n’imagine pas.

A moi, qui vit ça depuis toujours et qui le vit de mieux en mieux.

C’est l’histoire d’une petite fille qui deviendra une plus grande fille et finira femme. Elle est débordante d’émotions, submergée de pensées, noyée dans la réflexion, et elle vit avec son mental un peu chaotique, un peu trop envahissant. Les jours passent, la vie suit son court. Dans sa tête, ça tourne à plein régime sans cesse, mais elle est habituée à tout ça, c’est juste son fonctionnement qui la pousse toujours plus loin dans la vie. Alors elle cogite, elle passe de tout à rien, elle pense à tout en même temps, sans répit. Tout est trop lent pour elle, comme si le monde ne s’activait pas assez. Son monde à elle est rapide, tellement que lorsqu’elle l’expose on la pense simplement compliquée. Mais elle n’est pas compliquée, elle est juste impliquée dans tout, tout le temps. Elle est l’eau calme de la rivière et le torrent qui suit, elle est la douce brise du matin et la vent hurlant des tempêtes. Et si tu peux la suivre, elle t’emmènera là où tout est possible, là où tout bouge et où rien n’est acquis. Et si tu ne peux pas, alors passe ton chemin, ne dit rien car tu ne comprends pas.

Mais cette fille, aussi forte, indépendante et dynamique soit-elle se retrouve parfois submergée par tout ça. Tant de sentiments, tant de réflexions dans une seule tête, et surtout dans un monde qui ne suit pas le rythme. C’est trop. Alors elle s’enferme, elle veut respirer et au lieu de s’ouvrir elle disparait. Coupée du monde, elle se réfugie dans sa tête, elle ferme la porte de sa pièce noire et se roule en boule dans l’obscurité. Et toute la lumière qui la poussait en avant est happée par le néant, elle ne brille plus, ne parle plus, ne partage plus. Et aussi nécessaire que soit ce passage, il n’en est pas moins des plus désagréables. Alors es jours passent et elle reste tapie dans l’ombre. Ressassant sans cesse la négativité qu’elle s’efforçait pourtant de rejeter. La confiance, la stabilité, la politesse, la bienséance, la positivité, la joie, tout part en fumée pour quelques jours interminables. La moindre blague devient une attaque, le plus doux des regards est une agression, la plus futile des réflexions se transforme en irrespect. Plus rien n’est censé, parce qu’elle n’est, à ce stade, qu’un amas d’émotions douloureuses, prise au piège dans la détresse d’où personne ne saurait l’extirpée. Elle en veut au monde entier de ne pas comprendre, de ne pas savoir l’aider, de ne pas accepter qu’une telle force puisse détruire autant qu’elle peut construire. La tempête est violente. Elle passera, mais elle laissera sans doute des dégâts. Et elle le sait, et elle s’en veut, et c’est encore pire. Accepter de pouvoir blesser, de pouvoir être déraisonnable quand on est un femme réfléchie et bienveillante, c’est insupportable.

Devenir ce qu’on aime le moins, devenir ce qu’on redoute, et ne rien pouvoir contrôler.

Alors oui, je vis tout ça depuis aussi longtemps que je me souvienne. C’est peut-être simplement moi, je ne m’en débarrasserai peut-être jamais, c’est peut-être le revers de la médaille quand on a traversé ce que j’ai traversé, je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est que c’est là et que ça m’arrive. Plus jeune, je sais que ça durait beaucoup plus longtemps, des semaines, parfois des mois. Et croyez-moi, c’est long, c’est long d’être enfermée dans sa tête à tourner en rond pendant des mois, focalisée uniquement sur le négatif. J’ai toujours pensé que j’avais besoin des autres pour sortir de là. Mais qui serait capable de venir me chercher quand je repousse chaque être humain à grand coup de pieds ? Personne. Et si personne ne vient, si je tiens à distance tout le monde, c’est parce que je suis la seule à pouvoir sortir de ma pièce noire. Je le sais maintenant, je ne le savais pas il y a encore deux jours… J’ai vraiment toujours pensé qu’avoir quelqu’un m’aidait, rendait mon enfermement moins long, alors que je sais maintenant que c’est tout l’inverse. Avoir quelqu’un me fait encore plus culpabilisé, parce que je pense à l’autre et que je m’oublie encore plus. La vérité, c’est que je suis la seule à rendre ça de moins en moins difficile.

Parce que la seule porte de sortie, c’est l’acceptation. L’acceptation de soi. Je n’ai pas encore confiance en moi à cent pour-cent, mais j’y travaille et je m’améliore. J’ai commencé sur de petites choses et ça avance gentiment. Le plus dur, c’est d’accepter ce qu’on n’aime vraiment pas. Et cette partie de moi, qui s’enferme, qui souffre et qui ressasse, je la déteste. Pourtant, si aujourd’hui mon emprisonnement ne dure que quelques jours, c’est parce que j’apprends à respecter mes besoins. Je ne peux pas faire autrement que de vivre ces moments, et je m’efforce de les laisser passer, de les accepter, de les écouter. Et au lieu de repousser ce que je suis, je prends par la main ma petite moi roulée en boule dans ma tête et doucement, je lui montre ce qu’elle vaut, je lui montre la lumière, je lui montre que cette pièce peut aussi être une bibliothèque, un lac de montagne ou un lit douillet. Je lui redonne le contrôle, je la réconforte. Et pour ça, je prends soin de mon moi réel, je fais des choses pour moi, je fais des choses seule : j’écris, je dessine, je prends le temps d’apprécier la chaleur du soleil sur mon visage, je pars découvrir de nouvelles choses, je fais des photos. Et petit à petit, ma petite moi sors le bout de son nez, curieuse, fatiguée, et je fini par l’entrainer vers la lumière du monde.

Je ne savais pas que j’étais capable de ça avant d’être ici, en Australie, seule. C’est là que j’ai compris que la seule personne capable de me sortir de ma tête, c’est moi. Et que la meilleure chose à faire, c’est de s’écarter pour quelques jours des personnes que l’on aime et qui ne sont pas capables de gérer ça. Parce que ça ne sert à rien de rajouter une culpabilité ou une pression en plus sur les épaules de cette petite fille dépassée par ses émotions. Et peut-être qu’un jour, vous trouverez quelqu’un qui vous tiendra la main tout le long, sans vous aider juste en étant là, parce qu’il/elle vous comprend et vous respecte.

Le temps, vous-même et l’acceptation, c’est la clé qui ouvrira votre porte sur le monde.

Et si vous pensez être seul à vivre tout ça, je pense qu’on est beaucoup, et qu’on n’en parle définitivement pas assez. Nos émotions sont importantes, elles sont ce qu’on est, au plus profond de nous. Les faire taire n’est que souffrance, les comprendre mène au bonheur. Et souvenez-vous, le bonheur n’empêche pas les mauvaises périodes, il permet simplement de mieux les vivre.

Vous pouvez choisir. Vous devez vous choisir.

Un humain sensible, dans un monde hostile.


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