Journal de bord #1

Cher Papa,

Je t’écris de l’aéroport de Dubaï, assise par terre, attendant patiemment mon vol pour Brisbane. Je mentirai si je disais que tout va bien. Pour le moment, je me sens un peu perdue, sans doute à cause du premier vol : 6h affreuses. J’ai le ventre en vrac, la tête lourde et je suis terriblement fatiguée. Les émotions, l’avion, les pleurs, la nourriture, je pense que tout s’est mélanger pour me faire vivre ce moment un peu chafouin.

Attention, je ne me plains pas. Je ne peux pas ma plaindre, j’entreprends aujourd’hui ma grande aventure d’une année autour du monde (en tout cas une partie). J’ai tant attendu ce voyage… Je me souviens bien avoir pris cette décision il y a une dizaine de mois (et après des années de réflexion) : c’était facile, après le chamboulement de ma vie. Et à l’heure du départ, tout est différent : quitter les gens que j’aime, quitter les certitudes, quitter le confort… en bref, tout quitter pour me retrouver. Eh bien ce n’est pas si simple en fin de compte. C’est un peu comme se jeter d’une falaise, même si on sait qu’il y a quelque chose qui nous rattrapera et que tout ira bien, on balise un peu avant. Ceci dit, je ne regrette pas et je ne reviendrai pas sur ma décision car j’ai besoin de ce voyage.

Moi, Soraya, aussi forte et indépendante que je suis, terrifiée à l’idée de perdre mes repères. Alors je me réjouis de vivre tout ça, je me réjouis déjà des épreuves, car je sais que je les surmonterai, que je serai fière de ce que je ferai. Mais pour le moment, moi, Soraya, je flippe pas mal. Et je crois que ça me rassure de flipper, un peu. C’est plutôt sain d’avoir peur quand on part seule à l’autre bout du monde, non ?

D’ailleurs, j’ai enfin regardé les auberges de jeunesse (non, je n’avais pas vraiment pris le temps de le faire avant…). Je n’ai pas pu réserver parce que j’ai oublié de faire mon virement donc je n’aurai de l’argent sur ma carte que dans 4 jours (t’inquiète pas, j’ai un peu de cash…), mais j’en ai sélectionné quelques unes. Et je vais débarquer avec mon plus beau sourire, mes yeux boursouflés de fatigue, ma petite odeur de 24h de voyage : ils vont tous craquer et me laisser au moins un petit lit ! Tu me dira, j’aurai pu prendre un airbnb pour la première nuit et profiter de me reposer mais, premièrement j’ai encore espoir de dormir comme un bébé durant les 14h de vol, et deuxièmement, je vais vite avoir besoin de conseils… Alors un hostel, c’est pas mal finalement.

Je ne suis pas sûre que tout ceci te rassure, mais sache que je vais très bien au delà de ça, que je suis très heureuse et que je vous ai tous pris avec moi, dans mon petit coeur.

Ta fille qui t’aime.

PS : Je n’ai pas encore de photos à te partager, et je vais t’épargner ma tête fatiguée. Mais promis, tu aura de quoi ravir tes yeux la prochaine fois…