Mon corps et moi

10 ans plus tard

Si j’écris ceci, c’est d’abord pour mon moi d’aujourd’hui mais aussi pour mon moi d’hier, mon moi de mon enfance et mon moi du futur. J’espère que ça pourra aider ceux qui en ont besoin, car moi j’aurais aimé lire ces mots quand j’avais 12 ans et que je me détestais.


J’ai de nombreuses photos de mon enfance où je me vois,  toujours en culotte partout dans la maison, j’avais toute l’innocence avec moi. Et je ne me souviens pas de ce que ça faisait, toute cette liberté.

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Vers mes 10 ans déjà, mon corps a changé, j’ai eu une puberté assez rapide. Je me suis donc vite sentie démesurée par rapport aux autres filles. Les garçons trouvaient drôle de toucher le début de poitrine que j’avais déjà, et je ne savais simplement pas quoi faire de tout ça. Je n’ai jamais été dans le déni de moi-même et je me suis toujours défendue pour ce que j’étais, même si je ne m’aimais pas. Je suis donc vite devenue agressive avec les autres parce que leur regard sur mon propre corps me rendait parano. J’avais l’impression que chaque individu sur cette planète me dévisageait et se moquait de moi, de mes boutons, de mes formes et de mes kilos en trop.

J’avais honte de tout ce que j’étais. Un peu trop grande par rapport aux autres filles, un peu trop large pour être digne d’un amoureux, un peu trop brusque pour être appréciée et beaucoup trop laide pour plaire. Sans parler d’un caractère bien trempé dont je ne gérais pas les excès…

Ça ne s’est évidemment pas amélioré avec le temps. Le collège fût un calvaire. Je vous passe toutes les réflexions sur mes seins déjà imposants et sur tout le reste…

Parce qu’être une fille c’est être jugée physiquement en quasi-permanence.

De plus, j’ai toujours beaucoup mangé, bec à miel et grosse gourmande oblige. Alors avec le temps, les kilos se sont imposés d’eux-mêmes et le cercle vicieux a commencé pour de bon.

J’étais insupportable parce que je pensais que personne ne voyait à quel point je me détestais. Tous les autres semblaient si heureux et décomplexés.

Le lycée m’a fait quelque peu oublier mon corps. Les moments intimes n’étaient pas toujours faciles car je n’assumais pas mon corps, je voulais simplement le cacher, ne plus le voir et l’oublier. J’avais peur que mon copain se rende compte comme j’étais monstrueuse.

Je n’avais plus réellement conscience de mon corps, il était comme un boulet que je trainais depuis tellement longtemps qu’il en était devenu absent. Lourd à porter mais habituel. J’avais fini par imaginer mon corps bien pire que ce qu’il était, il avait endossé tout ce que je n’aimais pas et je l’avais rangé au fond d’un placard. Les passages devant le miroir étaient rapides et mes habits, des plus simples, histoire de ne pas trop attirer l’attention avec ce corps ingrat.

En écrivant tout ceci, je prends conscience de la violence de mes pensées, de mon propre jugement. Finalement, c’est moi seule qui me dégradait ; j’étais ma plus virulente persécutrice. Mon rapport au corps était faussé, malsain et destructeur.

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Cela fait seulement un an, un an sur ces 10 ans de dégoût, que je peux dire : « j’aime mon corps ». J’ai pris conscience qu’il n’était que le reflet de moi-même, et je n’avais plus envie d’être cette fille triste et blessée. Cela m’a pris plusieurs années et je pense que je ne suis pas encore au bout de mon combat mais je suis déjà fière du chemin parcouru.

Bref, j’ai repris ma vie en main, j’ai commencé à prendre soin de moi et à me regarder. Au début, je me tolérais dans ce corps. Puis, j’ai fait du sport, pas parce que j’étais obligée, mais parce que j’avais envie d’avoir un corps en bonne santé. J’ai claqué la porte à mon alimentation toxique pour manger sainement et correctement, sans privation et avec plaisir.

Et petit à petit, j’ai aimé mon corps, sans condition.

Physiquement, je n’ai pas beaucoup changé depuis un an, mais mentalement je ne suis plus la même. Je peux garder une tablette de chocolat durant des semaines avant de la finir et me contenter d’un carré de temps en temps. Je peux manger autre chose que des pâtes et je bois autre chose que des boissons sucrées. Je fais du sport cinq fois par semaine en kiffant ça, et je me balade à nouveau en culotte dans mon appartement. J’arrive enfin à me passer de soutien-gorge sans complexer sur mes seins et quand mon copain touche mes bourrelets, je ne rentre plus le ventre.

Et tout ça, c’est une immense victoire.

Je me regarde dans la glace, je me vois et je me connais. Je suis fière de mon corps et je l’aime pour ce qu’il est. Je n’ai pas le corps dont je rêve ; certes j’ai des épaules larges et il me manque considérablement des fesses, j’ai encore un bidon qui me fais des bourrelets et les boutons refusent de me laisser tranquille ; mais je suis belle. Je suis forte, courageuse et active. Il y a encore des jours où je ne suis pas satisfaite de moi, mais jamais je n’insulterai à nouveau mon corps. Il me porte tous les jours, il soulève tout ce qu’il peut à la salle, il me permet de manger, de dormir, d’avoir des orgasmes, d’aller à des festivals, de partir en voyage et de vivre pleinement. Alors pour tout ceci et bien plus encore, je l’aime.

Et je suis triste de l’avoir malmené toutes ces années sans me rendre compte qu’il était aussi beau, précieux et unique.

Aujourd’hui, je continue à être jugée sur ma façon de m’habiller, de me coiffer, de parler et d’être. Mais aujourd’hui, j’en n’ai rien à foutre. Quand je vois quelqu’un qui me regarde, j’estime qu’il me trouve canon. Quand quelqu’un critique mes habits, il est sans doute jaloux. Quand mon copain me fait un compliment, je ne doute pas de ce qu’il dit. Aujourd’hui j’ai confiance en ce que je suis, et j’aime ce que je suis. Je suis consciente de ne pas plaire à tout le monde, mais je me plais à moi. Je sais d’où je viens, ce que j’ai parcouru et où je vais, personne au monde ne me fera flancher, plus jamais. Je suis la seule dont l’avis compte, et j’ai bien assez travaillé sur moi pour que cet avis soit positif.

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Vous aurez compris que ce changement de mentalité n’est pas uniquement lié à mon physique, mais c’est une grosse part du gâteau, dont je suis fière aujourd’hui. Et j’espère sincèrement que malgré les réflexions, les remarques inappropriées qu’on subit tous, et notre propre regard, un jour, chacun puisse être fier de son corps. Nous n’en n’avons qu’un, il serait temps de l’aimer et de le chérir, non ?

Le chemin est long, mais il en vaut la peine.

 

Osarya

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